Joe Vitterbo, la conversation

*Le rap, c’était mieux avant ?

Comme tout le reste, mon pauvre monsieur… Non, je ne sais pas, je n’ai pas envie d’avoir d’avis là-dessus. Les sons ont évolué, c’est normal mais cyclique de toutes façons. Ensuite, j’ai l’impression que le rap a simplement suivi le même chemin que n’importe quel style musical ou expression artistique émergente. Né de l’underground, il a fini par s’imposer, être assimilé, se faire partiellement récupérer puis céder au formatage de l’industrie et du business. Aujourd’hui, il y a une espèce de rap variet’ et mainstream, comme il y a du rock variet’, mais il y a toujours aussi des gens qui font ça par passion et avec sincérité. Le rap, ou le reste, c’est mieux quand c’est sincère, c’est tout…

*Pourquoi avoir scratché des voix et pas invité des rappeurs ? Tu voulais contrôler ce projet de A à Z ?

Il y a de ça, c’est certain. Ça tient aussi au fait que je n’avais pas de rappeurs du niveau de Evidence ou KRSOne sous la main… Je plaisante, mais le fait est que pour l’instant je ne suis pas franchement connu comme beatmaker, mon réseau n’est pas vraiment celui-là. Cet album me servira peut-être de carte de visite, ça pourrait me plaire de faire quelques collaborations. Mais c’est pas une priorité, je ne cours pas après, on verra si des rencontres intéressantes ont lieu.

*À quand les bouts de films montés pour ‘habiller’ cette étrange bande originale ?

C’est vrai que ça me plairait. Pour moi, effectivement, ce disque est la bande originale d’un voyage, plutôt urbain. C’est le son d’une ville qui défile à travers les vitres d’une voiture ou d’un train. J’aimerais avoir les compétences et le matériel pour m’essayer un peu plus sérieusement à la vidéo. Jusqu’à présent, j’ai fait des trucs super cheap. Quand je pense à une éventuelle formule live, je réfléchis à l’aspect visuel et à la façon dont il pourrait me permettre d’envelopper le public, de le mettre en condition d’écoute. Mais c’est de l’ordre de l’idée pour l’instant, rien de concret, tout ce que je sais, c’est que j’aime l’image, c’est un support qui me parle.

*Tu as d’autres aussi projets musicaux, en groupe notamment…

C’est naturel. En tant que musicien je n’ai pas envie de limiter mon expérience ou de me préoccuper d’être identifié comme appartenant à une scène ou à une autre, je me laisse guider par les envies et les rencontres. Et puis encore une fois, j’ai commencé dans des groupes de rock, c’est aussi mon école. Hip-hop et rock sont mes deux piliers, j’ai besoin des deux pour trouver mon équilibre. Ensuite, construire des instrus seul sous un casque dans l’optique d’un disque, faire de la noise en trio sur scène ou composer la musique d’un spectacle de danse, ce sont des expériences et des plaisirs différents et complémentaires. C’est d’ailleurs après une longue période consacrée au travail de groupe que je me suis mis à rebosser en solo, j’ai sans doute eu besoin de rééquilibrer la balance…

*La dématérialisation de la musique, tu as un avis sur ce phénomène ? Ça te fait peur ?

Ce n’est pas la dématérialisation en tant que telle qui me fait peur. Les supports ont évolué en même temps que les progrès technologiques, c’est logique. Par contre, J’ai un point de vue assez partagé sur ce que ça engendre. D’un côté, je suis, par exemple, ravi de bénéficier de ces outils pour diffuser ma musique, je ne regrette pas du tout le temps où on devait dupliquer des K7 et lâcher une fortune à La Poste pour des envois promos. Mais d’un autre côté, la musique est devenue tellement facile d’accès, tellement abondante, que j’ai peur qu’elle ne finisse par perdre de sa « valeur » dans l’esprit des gens. Je ne me sens pas concerné par le sort de majors qui s’érigent en victimes d’un système qu’elles ont elles-mêmes façonné. C’est tout le secteur musical qui est en train de se remodeler, et c’est aussi la définition de la « profession » de musicien qui évolue. On entre dans un autre débat… Quoiqu’il en soit il existe, et je suppose qu’il existera toujours, une catégorie de gens, toujours les mêmes passionnés dont je suis, qui réclameront des supports physiques, des objets. La survie du vinyle en est la preuve.

*Ton fonctionnement est très DIY, tu as été punk ?

Non, même ado je ne me suis jamais considéré comme un punk ! J’ai juste toujours été plutôt attiré par les musiques dites « alternatives ». Avant mes quinze ans, c’était le rock et le punk qui faisaient office d’alternative à l’émission Champs Elysées de Michel Drucker… A la fin des 80’s, ces « pionniers » ont fini par se fatiguer, et le rap, entre autres, a en quelque sorte pris le relais. A l’époque, j’y ai trouvé des similitudes dans l’énergie et la hargne de certains propos… Sur Le Futur, que nous réserve–t’il d’Assassin, je trouve ça flagrant par exemple.

Pour moi, la notion de DIY n’est pas liée à une esthétique plutôt qu’à une autre. Et de toutes façons, souvent l’autonomie est tout simplement une nécessité. Un DJ qui sort une street-tape, il est DIY… Personnellement, c’est le processus « artistique » et artisanal qui me plaît. Je te le disais, quand je décide de faire un disque, je considère que l’ensemble de la démarche doit être cohérent. C’est « faire » au sens de construire, et j’aime prendre en compte la totalité de l’objet. Ça ne m’empêche pas de diffuser ma musique sur le Net, de vendre l’album en version digitale ou de chercher des partenaires pour lui donner de la visibilité. Mais je n’ai pas envie d’attendre qu’un hypothétique bon samaritain fasse le boulot à ma place quand je peux le faire moi-même, au moins dans une certaine mesure. Le fait de sortir l’album dans une série limitée n’empêchera pas une réédition si l’occasion se présente.

*Tu peux faire un profil type de celui qui écoutera ce disque ?

Il y a certainement des chances pour qu’il soit plutôt urbain, adulte ou presque, qu’il continue à mettre des baskets quand il sort du taf et qu’il lise Maelström… En fait, j’en sais rien !

*Qui serait le musicien ultime, celui du moment en tout cas ?

Sincèrement, je regarde ma discothèque et je n’en ai aucune idée… Je crois que je n’ai pas de musicien ultime. Il y a des albums auxquels je suis fidèle, sans forcément que j’adhère à l’ensemble du parcours de leurs auteurs. J’ai cité les Beastie ou Dilated, je peux en ajouter plein d’autres comme le Superfly de Curtis Mayfield ou A Love Supreme de Coltrane, parce que je les ai sous les yeux… Et je suis assez admiratif de groupes comme Fugazi ou The Ex, pour leur musique comme pour l’engagement qu’ils y ont mis. Mais si je devais partir avec seulement cinq disques sur une île déserte, je me ferais cinq compiles !

*LE SITE INTERNET DE JOE VITTERBO > ICI.
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