Mr. Lif, la conversation #DefJux #archive

Conscience subconsciente

 

Année 2002. Mr. Lif sort son premier album, I Phantom, sur le label Def Jux. Il vient de Boston et il est plus inspiré par Public Enemy que par Jaÿ-Z. Il a signé quelques maxis marquants et s’octroie l’autorisation de réfléchir sur la condition humaine ou le monde qui l’entoure.

Il est aussi prolixe qu’il est conscient et paranoïaque comme bon nombres d’Américains post-11 septembre.

 

* Tu te souviens de ton premier contact avec le hip-hop ?

Oui c’était en 1986 et j’écoutais pour la première fois l’album de RUN-DMC. Ça m’a explosé la tête et ça m’a donné envie d’écouter du hip-hop. Ensuite je suis donc tombé sur LL Cool J, Chubb Rock, Ultramagnetic Mc’S, De La Soul, A Tribe Called Quest, et la liste ne s’arrête plus depuis 1986.


* Qu’est-ce qui t’a décidé à participer au mouvement ?

Pour ma part j’ai été très influencé par Public Enemy, car ils sont juste brillants. Lorsque l’album It Takes a Nation of Millions to Hold Us Back est sorti j’avais 14 ans et ça a changé ma façon de voir la musique, complètement.


* Seulement la musique ?

Bien sûr que non car il y avait aussi la voix de Chuck D ! Les problèmes qu’il soulevait étaient pertinents, la musique était incroyable et bien que ça ne fût que du hip-hop, ça m’a fait prendre conscience d’une certaine réalité. C’était la fonction du hip-hop à cette période.

 

* Tu viens de Boston, en quoi la scène est différente ?

Je ne pense pas que la scène de Boston soit comparable aux autres scènes hip-hop, mais le fait est que cette scène est indépendante et qu’il est facile de s’exprimer dans cette ville. Il y a une large part octroyée à la création, ce qui a permis à beaucoup de gens de pouvoir sortir des disques. La scène de Boston est forte et indépendante grâce à tous les lycées qui ont de petites radios et qui jouent les titres des artistes locaux, les étudiants sont les principaux supporters/acteurs du mouvement.

 

* Tu estimes être un MC conscient ?

Je dirais juste que j’essaie d’analyser ce qu’il se passe, je me sens concerné et il semble évident, encore plus qu’avant, que le gouvernement se fout complètement du niveau de vie des habitants de ce pays, surtout des travailleurs et des plus pauvres. Ça semble aussi évident que ceux qui habitent en dehors des villes sont complètement ignorants, ils sont complètement aveugles par rapport à la politique de Bush et “sa” guerre.

C’est un moment critique et on dirait que les gens ne sont pas conscients de ce qu’il est en train de se passer. Lorsque je fais des concerts ils apprécient un titre comme Home Of The Brave. Je pense qu’ils apprécient le fait qu’il y ait une alternative à ce que le gouvernement voudrait faire croire à tout le monde. Actuellement c’est une phase très particulière : l’économie ne va pas très bien en Amérique et c’est la dépression, il y a une guerre qui se profile contre l’Irak, et c’est terriblement déprimant.

 

* Peux-tu nous en dire plus sur le titre Home Of The Brave ?

J’ai écrit cette chanson parce que j’étais saoulé de la propagande menée par le gouvernement via la télévision, contre les décisions plus que rapides d’aller faire la guerre. Je parle de choses qui se sont passées avant le 11 septembre, des choses dont le gouvernement est responsable et qui ont entraîné cette situation de crise. C’est cynique et critique à l’égard du gouvernement et de sa façon d’évoluer.

 

Le pays a depuis longtemps des intérêts dans le pétrole du Moyen-Orient et les événements du 11 septembre sont la parfaite excuse pour aller là-bas, en se justifiant par rapport au fait que les terroristes qui étaient dans les avions étaient originaires du Moyen-Orient ; alors que finalement on ne sait même pas si ça n’est pas un groupe d’anarchistes américains quelconques qui a fait le coup. Le gouvernement envoie des troupes pour récupérer le filon du pétrole.

S’installer là-bas, c’est aussi pour l’héroïne, il y a une production massive et c’est évident que le gouvernement va aussi profiter de ce business. Je suis sûr qu’il y a actuellement des agents de la CIA qui s’occupent de faire venir de l’héroïne, donc on verra plus de meurtres et plus de crises, car plus de drogue.

 

* Tout le monde chez Def Jux partage ton point de vue ?

On est tous très sceptiques par rapport à cette situation et au gouvernement. Je pense que l’on partage surtout le fait qu’il est temps de devenir conscient.

 

* Le hip-hop est moins cynique aujourd’hui ?

Je pense que oui, je crois que les gens se sentent de plus en plus concernés par les problèmes sociaux, plutôt que par les problèmes de vêtements.

Malgré tout, les gens gardent de moi une image de MC de battles. Pourtant depuis le EP Enter The Colossus, je parle de problèmes importants comme le terrorisme ou le fait que l’Amérique diabolise les autres pays, je parle aussi du fait que rien n’est respecté et surtout pas la planète.

On savait ce que représentait PE, BDP ou Eric B & Rakim, et actuellement je pense que peu de gens ont des convictions dans le rap. Si je réfléchis à des thèmes que j’injecte ensuite dans mes textes, c’est avant tout pour faire réagir les gens.

 

Who shot Rudy?

Who shot Rudy?

* Notre ministre Nicolas Sarkozy est allé voir Rudolph Giuliani à propos du programme Tolérance Zéro.

Je crois que les événements du 11 septembre ont donné une crédibilité à notre gouvernement et donné une raison aux autres gouvernements d’accroître la sécurité dans leur pays. Donc vous avez un ministre qui suit ce processus.

Il ne faut pas oublier qu’après le 11 septembre, Bush a clairement annoncé que les pays qui ne coopéreront pas à trouver les auteurs du crime seront des ennemis potentiels, donc les gouvernements se doivent de perpétuer cet état policier, où les libertés auront tendance à être restreintes.

 

* Ton nouvel album, I Phantom, vient de sortir, tu peux nous en dire plus ?

C’est un récit qui provient de la dissection et l’analyse de la vie d’un personnage qui appartient à la classe ouvrière, qui essaie d’être un individu unique, qui veut être heureux et qui essaie de comprendre qui il est dans les rouages du système américain, qui est tenu par un gouvernement et des holdings financiers.

L’album est une déambulation à travers les yeux d’une personne qui essaie de survivre dans la société américaine, qui essaie d’être bon et qui échoue sur plusieurs plans, par manque d’informations, ou à cause d’idées faussées sur ce que l’on doit atteindre comme idéal pour le pays. L’album fait aussi état d’une vie après un holocauste nucléaire, qui peut arriver à chaque instant car tout le monde fait la course à l’armement massif.

 

Le message est aussi de réfléchir à propos de ce que l’on voit et entend : la télévision, les films, les informations, les pubs, la musique… Toujours prêter attention aux messages que l’on essaie de t’imposer, et qui essaie de le faire et dans quel but. Pourquoi ‘ils’ désirent que tu penses ça. Il faut absolument avancer dans la vie mais ne pas le faire aveuglement.

Je souhaite que les gens écoutent cet album comme une source d’information, informations qui vont te déstabiliser et pousser à réfléchir, qui vont te permettre d’évoluer. Il y aussi un jeu sur Internet auquel tu accèdes via le CD, qui est une sorte de Monopoly/Trivial Pursuit. Il y a des questions qui concernent la religion, le sexe, la consommation, la violence, la drogue, le gouvernement, le business, l’éducation, l’industrie et plus. Un jeu qui a été créé dans le but de dispenser de l’information.

Et si tu es con tu ne pourras pas gagner, tu ne peux gagner que si tu prends soin de te pencher sur ce qui t’entoure et si tu penses à ton prochain.

http://maelstrommagazine.fr/el-p-interview-archive

http://maelstrommagazine.fr/murs-interview-archive

 

Mr. Lif - I Phantom

Mr. Lif – I Phantom

 

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