BOOBA X BOUROUISSA

« ICI, ON FRAPPE
LA MONNAIE
ET LES ESPRITS. »

 

C’est la punchline le slogan de La monnaie de Paris, une institution française qui date de 864, soit 1132 années avant Booba ; si on considère que celui-ci est né avec le morceau Le Crime paie, issu de la compilation Hostile, sur un sample de Gato Barbieri. Il aura fallu attendre le 5 octobre 2012 pour que ces deux institutions se percutent. Ce sera La monnaie de Paris featuring Booba pour All In. L’entremetteur, le réalisateur s’appelle Mohamed Bourouissa. Il a la trentaine, il s’interroge sur le monde, il en a fait son occupation principale. En 2007, une série de photographies, Périphériques, l’a fait connaître au public, un certain public. Mohamed évolue dans le monde des galeries, des musées et de l’Art.

Le photographe s’improvise réalisateur et fait un premier clin d’œil à un titre de Booba en 2009, sous la forme d’un film, Temps Mort. Une correspondance via SMS, une histoire, une relation avec un homme en prison, les images sont pixelisées, touchantes, intimes et étranges. La langue est courte et succincte. Les mots sont tronqués, les émotions fortes, parfois dérangeantes. Pour voir ce film, il faut se rendre au Palais de Tokyo, à la Maison Rouge ou chez Kamel Mennour, le célèbre galeriste.

« Ça fait un moment que je souhaitais faire quelque chose avec Booba. » confie Mohamed. Une commande de la monnaie de Paris lui donne l’occasion de contacter le rappeur. L’institution souhaite se donner un coup de jeune en sollicitant des artistes qui ne sont pas encore en âge d’avoir des rétrospectives à Beaubourg, et c’est tout à son honneur. Après quelques tergiversations, Mohamed décide de filmer la fabrication de médailles à l’effigie d’Élie Yaffa. Des images froides, déshumanisées, des machines qui façonnent, sculptent, découpent, trient, décomptent. Un documentaire, esthétique, simple, mécanique, cadencé comme les rimes du Duc de Boulogne sur un beat d’Animalsons. C’est le morceau Fœtus de la mixtape Autopsie 3 qui donnera le La.

Le film est programmé pour la Nuit Blanche. Une avant-première a lieu la veille. Le rendez-vous est fixé en face de La monnaie de Paris. Embarquement sur péniche et champagne à la tombée de la nuit. Petites couvertures soyeuses, canapés mous et ambiance feutrée. Pontes de la télé, chanteuses jolies et autres célébrités sont présents, la moyenne d’âge est avancée. Le navire quitte le quai, à 21h15 précises, les projecteurs s’allument. Fœtus résonne fort, très fort dans le quartier. Les pièces se gravent sur écran géant, les couplets s’enchaînent, les badauds insultent, les convives se serrent les coudes. L’institution est dans l’ère du temps, elle a opté pour Booba plutôt que Rohff.

Le rappeur de Boulogne, collectionneur de disques d’or, a une nouvelle fois franchi l’infranchissable, pénétré un nouveau cercle, brisé quelques tabous. Il a été vilipendé après avoir chanté à la Star Academy, il est récompensé d’un lourd médaillon pour l’ensemble de son œuvre. Ce soir-là, une frange de la population a découvert le rap d’un mec qui vend des millions de disques en France. La monnaie de Paris souhaitait dépoussiérer son image, Mohamed Bourouissa lui a mis un sacré coup de Kärcher.

 

 

Booba Mohamed Bourouissa

 

Booba Mohamed Bourouissa

 

Booba Mohamed Bourouissa

 

 

 

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