Vîrus, textuellement transmissible

VÎRUS FAIT RÉFÉRENCE A L’ÉCRIVAIN HOWARD BUTEN DANS UN DE SES TEXTES, C’EST UN FAIT SUFFISAMMENT RARE POUR ÊTRE SOULIGNÉ. MÊME SI ÇA A ÉTÉ FAIT INCONSCIEMMENT, LA RÉFÉRENCE EST SIGNIFICATIVE.

QUAND J’AVAIS CINQ ANS JE M’AI TUÉ EST UN LIVRE SUR L’ENFANCE, CE MOMENT OÙ LES ADULTES NE VOUS COMPRENNENT PLUS. LE RAP DE VÎRUS EST VIOLENT, ALAMBIQUÉ, TORTURÉ ET COMPLIQUÉ.

IL FAUT L’ÉCOUTER PLUSIEURS FOIS AVANT D’EN SAISIR LES NUANCES, LES JEUX DE MOTS, LES NÉOLOGISMES QUI LE JONCHENT. RAPPEUR DE ROUEN, ÉVOLUANT DISCRÈTEMENT DANS LE MILIEU DEPUIS PLUSIEURS ANNÉES, VÎRUS AIME TORDRE LES MOTS, POUR EN FAIRE DES NŒUDS, DES DOUBLE-NOEUDS, DES NŒUDS COULANTS.

SPECTATEUR DE SA PROPRE VIE, IL S’APPROPRIE SON RÔLE POUR MIEUX L’ASSUMER ; IL DÉCORTIQUE ET S’AUTO-ANALYSE, ASSUME SES NERFS À VIFS, ASSÈNE SES AVIS TRANCHÉS, RINGARDISE LA BIEN-PENSANCE ET MET AU PIQUET CEUX QUI SONT CONSCIENTS, INCONSCIENTS, FESTIFS ET HEUREUX.

IL PERCUTE BANANE, BEATMAKER PARISIEN, QUI LUI CONCOCTERA DE LA MUSIQUE SUR-MESURE, UN TRAVAIL D’ORFÈVRE POUR MIEUX EXPRIMER SA RAGE, SON ENNUI, ET SES ANGOISSES.

QUAND IL TÉLESCOPE TCHO, UN SPÉCIALISTE DE L’IMAGE, ILS FONDENT LE BUENA VISTA SOCIOPATHE CLUB, QUI DONNERA LIEU À DES CLIPS DÉJANTÉS, SARCASTIQUES, INTERDITS AU MOINS DE 16 ANS.

CLOWN TRISTE AUX INTENSES ÉMOTIONS, À LA DICTION HACHÉE ET PRÉCISE, VÎRUS POURSUIT SA ROUTE, TOUJOURS BIEN ACCOMPAGNÉ, SOBRE ET JAMAIS SEREIN.


*Tu as sorti il y a quelques années un street-CD, Les risques du sous-métier, ce projet tu ne le défends plus ?

Vîrus : Tu l’as trouvé ?! Putain… Je n’en parle jamais, c’est une époque révolue, par rapport à ce qu’il symbolise et aussi à des sons que je ne trouve pas forcément très aboutis. Il y a des morceaux qui ne sont même pas rappés, ils sont criés… Et la pochette, je ne l’aime pas. Pour l’anecdote, ce projet m’évoque le jour où on a fait le visuel, un jour où à 14 heures j’allais dégueuler mon ivresse de la veille parce que ça n’allait pas du tout.

C’était un street-CD, vendu en concert ou de la main à la main, ça peut passer pour un truc de passionnés, ou de galériens ! Du coup, c’est les deux en même temps. Depuis, il y a eu un revirement artistique, et dans le train de vie aussi, au final c’est plus un truc de mec désœuvré. Ce CD n’est pas complètement en opposition avec qui je suis, mais aujourd’hui, c’est inaudible pour moi.

*Qu’est-ce qui a changé ? Tu as eu une Révélation ?

V : Il y a eu des trucs humains, de nouvelles rencontres mais le facteur déclencheur c’est que j’ai arrêté la drogue. Quand je parle de drogue, je parle de l’alcool. C’est ce qui a tout changé, je n’ai plus rien pour me voiler la face, me rendre sociable.

*Comment ça s’est passé cet arrêt ?

V : Je savais qu’il y avait des trucs qu’il fallait que j’arrête, et que j’en commence d’autres. Changer des façons de faire, que ce soit pour un morceau ou pour le reste, c’était obligatoire. Quand tu passes tout ton temps à te dire que t’es une merde, que tu dévalorises tout ce que tu fais, mais que tu le fais quand même, ça signifie dans le fond qu’il y a une envie, un besoin, de le faire mais mieux, plus cadré.

Pour ces trois volets, c’est limite millimétré, alors que pour les premiers projets, il y a des prises de voix que j’ai laissées telles quelles, sans les refaire.

*Tu es devenu perfectionniste ?

V : Non, seulement cohérent.

*Un beau jour, tu t’es dit : « Je vais faire 12 titres, comme ça et comme ça… » ?

V : Au départ il y a eu un titre, Saupoudré de vengeance, et il nous a faits kiffer ! J’ai eu la sensation que c’était moi, le vrai. Moi, avec les séquelles de mon ancienne vie. Il arrive que des gens me disent : « C’est pas possible ce que tu dis-là, c’est un personnage que tu t’es créé ?! » A ceux que je dois rassurer, ou aux proches que je ne veux pas inquiéter, je réponds oui. Mais la réalité est tout autre, et elle était voilée. Maintenant, c’est le vrai moi, et il est plus assumé.

Je crois que c’est aussi une question d’âge, il y a un âge où tu te rends compte de qui tu es. C’est tout le délire de quête de soi, ce truc à la con qui ne s’arrête jamais. C’est une souffrance, une quête perpétuelle, parce que ça ne se repose jamais, et les raisons pour lesquelles j’avais besoin de faire appel à des produits, c’est que je me disais « Quitte à être un jour complètement dans la réalité, je peux attendre encore un peu. »

Dans certains vieux titres, tu retrouves ce truc ‘c’est niqué’. Je crois que cette conscience-là, elle remonte à l’enfance. C’est pour ça que j’ai parlé de dépression infantile dans un morceau. Quand tu es gamin, tu as déjà conscience de ces choses ; tu te dis déjà : « Merde, c’est le début et je ne profite pas de la vie… » Même un dessin animé, tu ne kiffes pas, il y a une kermesse à l’école, tu n’y vas pas, et en plus je ne parlais pas.

 

Image de prévisualisation YouTube

.

*Tu étais autiste ?

V : (Sourire.) Non, pas autiste, pas diagnostiqué autiste, mais dans le fonctionnement il y avait des symptômes. C’est des côtés que l’on a tous, par moment, je pense. Tu as forcément besoin de ce côté pour te retrouver avec toi-même, pour observer les choses. À un moment, je me suis dit que je n’allais pas passer une vie à ne pas parler, donc j’ai commencé à tiser très tôt, et c’est là que j’ai commencé à parler.

Du coup, j’ai passé la moitié de ma vie comme ça ! Là, j’en reviens, mais ce qui n’a pas changé, c’est la conscience que c’est niqué, et ça se ressent dans mes textes. C’est pour ça qu’il y a des morceaux comme Zavatta rigole plus, ce sont des tentatives pour m’expliquer, un peu. Il y a beaucoup de choses que je comprends en les écrivant, je les mets en forme, ça permet de communiquer mine de rien.

Je ne sais pas si tu as déjà fumé et arrêter de fumer, mais tu auras un regard dur sur ceux qui fument. Tu souffres d’avoir arrêté, et tu deviens vachement intransigeant. Tu portes des jugements sur ceux qui fument, en leur disant : « tu es faible », alors que tu vas peut être reprendre trois semaines plus tard. Ces changements te font avoir des points de vue tranchés, au moins pendant la période de transition.

*Tu as suivi une cure pour arrêter de boire ?

V : Non, j’ai arrêté naturellement. Je ne veux pas que l’on perçoive ça comme de la rédemption à la con, et quand je dis la drogue, c’est juste l’alcool, parce que c’est une drogue très dangereuse. Elle est partout, elle fait partie de la culture en France, enfin, dans beaucoup de pays. Elle permet aux gens de combattre des traits de leur personnalité.

Fais une soirée quelconque avec des jus de fruits au bar, tu peux être sûr que les mecs ne vont jamais te dire : « c’était un truc de ouf ! » Ils diront : « c’était cool » ou « ça m’a fait chier. » Quand tu entends : « sans alcool la fête est plus folle », c’est une grosse connerie, la fête est beaucoup plus molle !

*Tu rappes en solo, mais tu revendiques toujours des proches, des binômes, tu n’oublies jamais l’entourage…

V : Nan, et ça serait dommage d’oublier le peu d’entourage qui existe. Il y a eu aussi de nouvelles rencontres au niveau du taf, je ne vais pas dire du taf, car ça fait corvées mais bon, ce sont Banane et Tcho. Ces deux rencontres ont été bénéfiques et fructueuses. Sans ces deux personnes le projet n’existe pas, il n’y a pas de son et pas d’images, et donc à la fin je me retrouverais comme un con à faire du slam (rires.)

*Le rap, c’est le son et l’image ?

V : A la base, je n’avais pas cette vision-là. Le son oui, c’est selon moi 50% du rap. L’image c’est plus récent dans mon esprit, c’est un plaisir. On peut s’amuser à faire un clip, délirer, apporter autre chose. L’image vient compléter le reste. On n’est pas dans l’image qui va forcément coller au texte, c’est une autre façon d’aborder l’écrit, jouer sur les degrés de lecture, les sens, etc.

 

 

LA SUITE

<<<< >>>>

  • BOOBA
  • Didier Pazery
  • Didier Pazery
  • Didier Pazery
  • Didier Pazery
  • Didier Pazery
  • Didier Pazery
  • Didier Pazery
  • Didier Pazery
  • BOOBA
  • Chocolate & Congas
  • chocolate & congas
  • LES ARCHIVES


  • MAELSTRÖM • @ChebCarlos • 2016