Caché dans les sous-sols du Frank D. Reeves Municipal Center, le Club U est un des lieux clés du Go-Go. Sa situation, ainsi que les discours sur sa réputation, peuvent être vus comme des reflets du Go-Go, de ses représentations, et donc de celles de toute la classe ouvrière noire de Washington D.C.
Relégué aux catacombes d’une annexe de la mairie, ce lieu de concerts, de vie et de sociabilité, ne semble apparaître dans les médias que pour alimenter les rubriques de faits divers et pointer une supposée violence du milieu.
Un jour, un homme jaloux cherche la bagarre parce qu’il découvre sa petite amie en nage, après avoir trop dansé aux rythmes d’un groupe, un autre jour, c’est un fan retrouvé mort en marge d’un concert. Tout est bon pour lier le Go-Go et son public à la criminalité, à des comportements sexuels jugés déviants, à l’alcoolisme, et finalement justifier la fermeture du Club U au milieu des années 2000.
Le durcissement des discours sur le Go-Go et la chasse à ses lieux de vie vont de paire avec l’évolution démographique de Washington. Avec la gentrification, les quartiers se transforment en même temps que la couleur de peau de l’habitant moyen. La fermeture du Club U correspond d’ailleurs au franchissement d’un cap : pour la première fois depuis le milieu du XXème siècle, la population de Washington est redevenue majoritairement caucasienne.
LittleBenny est mort dans son sommeil en mai 2010, il n’avait que 46 ans. Deux ans plus tard, il est rejoint par son ami ChuckBrown. En leur honneur, et pour calmer les tensions entre certains quartiers de la ville, est organisé le King of Congas battle à la FontaineBleue. Tous les champions du Go-Go, réunis dans des divisions en fonction de leurs quartiers, s’affrontent chaque année dans des duels de congas, et continuent de faire battre « le rythme cardiaque » du Go-Go.
Pourquoi le Go-Go n’a t’il jamais percé au delà du DMV (région formée par D.C., le Maryland et la Virginie) ? Il y a certainement une multitude de raisons. D’abord, une musique essentiellement live a évidemment plus de difficultés à se répandre à l’heure des albums studios, de MTV puis d’internet. Mais pour NatalieHopkinson, le contenu absolument local des textes, les références aux gens et aux évènements, rendent le genre cryptique. Alors, assister à un concert de Go-Go pour un étranger, serait comme débarquer à une séance de cinéma en plein milieu du film.
Le Go-Go a tout de même connu quelques succès nationaux et même internationaux. Who’s Comes To Boogie de LittleBenny a été un incontournable des clubs anglais pendant plusieurs mois en 1985, et a même fait une apparition dans les charts anglo-saxons. Aux USA, c’est Da Butt d’Experience Unlimited qui a probablement été le plus gros succès commercial du Go-Go, grâce à sa présence sur la B.O. de School Daze de Spike Lee en 1988. Ce film, même s’il propose une vision du Go-Go biaisée par le regard extérieur du réalisateur brooklynite, reste moins honteux que le catastrophique Good To Go sorti deux ans plus tôt, conspué par les critiques et les habitants de Washington :
« Le Go-Go est une musique noire pour adolescents noirs, et Blackwell a mis le mec le plus blanc du monde dans un film sur la culture noire » dit l’écrivain GeorgePelecanos à propos de Good To Go, dans lequel le rôle titre est interprété par ArtGarfunkel.
C’est d’ailleurs à travers les romans de George Pelecanos que certains américains découvrent le Go-Go dans les années 90. Les histoires de ses polars prennent quasi exclusivement place à Washington D.C., sa ville natale. Et avec son sens des détails quasi documentaire, il lui arrive de décrire des concerts de ChuckBrown et consorts, comme dans The Sweet Forever paru 1998.
Le Go-Go a eu du mal à s’exporter dans sa forme la plus orthodoxe, mais il a tout de même réussi à se répandre via son influence sur d’autres genres plus populaires. On retrouve par exemple JuJuHouse d’Experience Unlimited derrière les percussions du Slave To The Rythm de GraceJones. Au milieu des années 80 quelques titres de Salt ‘n’ Pepa ou LL Cool J sont aussi trempés dans le chocolat, et les rythmiques syncopés de Teddy Riley (et de ses protégés) rappellent parfois fortement celles qui résonnaient au Club U et au Maverick Room.
Mais d’une certaine manière, les titres Go-Go (ou presque) les plus connus restent 1 Thing d’Amerie et Crazy In Love de Beyonce. Produit par RichHarrison, originaire de D.C., ils reprennent tous les deux des éléments Go-Go, en les enrobant de toute la panoplie nécessaire à les rendre radio friendly.
En 2015, Chocolate City continue de vibrer aux sons des congas et des bongos. Et même si les formations ont évolué, que peu de pionniers sont encore en activités, les groupes phares s’appellent toujours, et pour toujours, Rare Essence, Experience Unlimited, TroubleFunk, Backyard Band, The Masters, Junkyard Band, The Soul Searchers.
CHOCOLATE & CONGAS
Caché dans les sous-sols du Frank D. Reeves Municipal Center, le Club U est un des lieux clés du Go-Go. Sa situation, ainsi que les discours sur sa réputation, peuvent être vus comme des reflets du Go-Go, de ses représentations, et donc de celles de toute la classe ouvrière noire de Washington D.C.
Relégué aux catacombes d’une annexe de la mairie, ce lieu de concerts, de vie et de sociabilité, ne semble apparaître dans les médias que pour alimenter les rubriques de faits divers et pointer une supposée violence du milieu.
Un jour, un homme jaloux cherche la bagarre parce qu’il découvre sa petite amie en nage, après avoir trop dansé aux rythmes d’un groupe, un autre jour, c’est un fan retrouvé mort en marge d’un concert. Tout est bon pour lier le Go-Go et son public à la criminalité, à des comportements sexuels jugés déviants, à l’alcoolisme, et finalement justifier la fermeture du Club U au milieu des années 2000.
Le durcissement des discours sur le Go-Go et la chasse à ses lieux de vie vont de paire avec l’évolution démographique de Washington. Avec la gentrification, les quartiers se transforment en même temps que la couleur de peau de l’habitant moyen. La fermeture du Club U correspond d’ailleurs au franchissement d’un cap : pour la première fois depuis le milieu du XXème siècle, la population de Washington est redevenue majoritairement caucasienne.
Little Benny est mort dans son sommeil en mai 2010, il n’avait que 46 ans. Deux ans plus tard, il est rejoint par son ami Chuck Brown. En leur honneur, et pour calmer les tensions entre certains quartiers de la ville, est organisé le King of Congas battle à la Fontaine Bleue. Tous les champions du Go-Go, réunis dans des divisions en fonction de leurs quartiers, s’affrontent chaque année dans des duels de congas, et continuent de faire battre « le rythme cardiaque » du Go-Go.
Pourquoi le Go-Go n’a t’il jamais percé au delà du DMV (région formée par D.C., le Maryland et la Virginie) ? Il y a certainement une multitude de raisons. D’abord, une musique essentiellement live a évidemment plus de difficultés à se répandre à l’heure des albums studios, de MTV puis d’internet. Mais pour Natalie Hopkinson, le contenu absolument local des textes, les références aux gens et aux évènements, rendent le genre cryptique. Alors, assister à un concert de Go-Go pour un étranger, serait comme débarquer à une séance de cinéma en plein milieu du film.
Le Go-Go a tout de même connu quelques succès nationaux et même internationaux. Who’s Comes To Boogie de Little Benny a été un incontournable des clubs anglais pendant plusieurs mois en 1985, et a même fait une apparition dans les charts anglo-saxons. Aux USA, c’est Da Butt d’Experience Unlimited qui a probablement été le plus gros succès commercial du Go-Go, grâce à sa présence sur la B.O. de School Daze de Spike Lee en 1988. Ce film, même s’il propose une vision du Go-Go biaisée par le regard extérieur du réalisateur brooklynite, reste moins honteux que le catastrophique Good To Go sorti deux ans plus tôt, conspué par les critiques et les habitants de Washington :
« Le Go-Go est une musique noire pour adolescents noirs, et Blackwell a mis le mec le plus blanc du monde dans un film sur la culture noire » dit l’écrivain George Pelecanos à propos de Good To Go, dans lequel le rôle titre est interprété par Art Garfunkel.
C’est d’ailleurs à travers les romans de George Pelecanos que certains américains découvrent le Go-Go dans les années 90. Les histoires de ses polars prennent quasi exclusivement place à Washington D.C., sa ville natale. Et avec son sens des détails quasi documentaire, il lui arrive de décrire des concerts de Chuck Brown et consorts, comme dans The Sweet Forever paru 1998.
Le Go-Go a eu du mal à s’exporter dans sa forme la plus orthodoxe, mais il a tout de même réussi à se répandre via son influence sur d’autres genres plus populaires. On retrouve par exemple JuJu House d’Experience Unlimited derrière les percussions du Slave To The Rythm de Grace Jones. Au milieu des années 80 quelques titres de Salt ‘n’ Pepa ou LL Cool J sont aussi trempés dans le chocolat, et les rythmiques syncopés de Teddy Riley (et de ses protégés) rappellent parfois fortement celles qui résonnaient au Club U et au Maverick Room.
Mais d’une certaine manière, les titres Go-Go (ou presque) les plus connus restent 1 Thing d’Amerie et Crazy In Love de Beyonce. Produit par Rich Harrison, originaire de D.C., ils reprennent tous les deux des éléments Go-Go, en les enrobant de toute la panoplie nécessaire à les rendre radio friendly.
En 2015, Chocolate City continue de vibrer aux sons des congas et des bongos. Et même si les formations ont évolué, que peu de pionniers sont encore en activités, les groupes phares s’appellent toujours, et pour toujours, Rare Essence, Experience Unlimited, Trouble Funk, Backyard Band, The Masters, Junkyard Band, The Soul Searchers.
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