This Was Just Now *Benjamin Deberdt

Benjamin Deberdt - This was just now

My Best Fish-eye Photos
with Five Flashes
, le livre

 

This Was Just Now est un zine de Benjamin Deberdt. Après avoir rempli moult magazines, et un tas d’aventures, il revient à la base. Le papier.

On lui a envoyé quelques questions pour en savoir plus concernant ce projet ; du choix des images à la fabrication, en passant par la distribution. Le poids des mots, le choc des photos.

 

Tu as commencé avec un fanzine, La Lettre, qui a été le début d’une grande aventure ; après quantité de magazines ces dernières années, tu as sorti en quelques mois deux fanzines. C’est un moment où tu te réinventes ? La suite de ton travail ?

La vie est un éternel recommencement, man ! (Rires.) Blague à part, je ne me pose pas vraiment la question. J’ai eu envie de sortir du papier, et cette idée de micro-publications me trottait dans la tête depuis quelques temps déjà. J’en parlais beaucoup, sans le faire, et j’ai atteint le point où je perdais la face si je ne m’y mettais pas !

Depuis quelques années, j’ai de longues conversations avec le photographe Sergej Vutuc qui dormait à la maison quand il passait à Paris. Il partait le matin avec son carton de zines, après en avoir coupés ou collés certains sur notre table de la cuisine toute la soirée.

Pendant ce temps, je monologuais sur l’état de la photo, l’état de ma photo, la vie, la mort des images, tout en me demandant quoi faire. Et lui, de temps en temps, me regardait d’un air désolé avant de reprendre ses travaux d’E.M.T [éducation manuelle et technique – ndlr.] J’ai fini par comprendre qu’il fallait simplement revenir aux basiques : faire quelque chose parce que tu as envie de le faire. 

Récemment j’ai rencontré Matthieu Becker, qui nous avait aidés sur un premier projet papier pour le média dont je m’occupe, LIVE. C’était un zine photo de Richard Hart, en 2015. Matthieu est dans l’édition d’illustrateurs, et de livres d’art, plutôt DIY, avec sa maison d’édition, Le Mégot.

Il m’apporte aussi un œil extérieur intéressant, surtout dans les détails de production. J’ai en général une idée assez définie de ce que je veux, et il a toujours le petit plus qui fait la différence, comme l’insertion de tirages argentiques dans l’édition spéciale du #1, ou le tirage risographe du #2. En plus d’être très facile à vivre. Car tout le monde sait que la seule chose pire qu’un photographe, c’est un graphiste ! (Rires.) Bon, là, c’est moi le relou

 

« Je fais la même photo depuis vingt ans,
et finalement de la même chose. »

 

Quel est le parti pris de ces fanzines ? Les choix éditoriaux ?

C’est déjà intéressant que tout le monde les appelle des fanzines, moi y compris, alors que techniquement et de par leur inspiration on devrait plutôt parler de “livre d’artiste”. Dans ce milieu, et sûrement aussi parce que c’est de la photo et un petit format, on dira plutôt zine. C’est juste une convention de langage.

Pour ce qui est du parti pris, je dirais, pompeusement, que c’est celui de la liberté. Je sors This Was Just Now quand j’en ai envie, sans vraiment de comptes à rendre. Pas de marque à remercier, personne à mettre en avant, ou à enlever, pour une histoire de paire de chaussures ou de t-shirt. Je choisis des photos qui me plaisent, qui me paraissent importantes d’une façon ou d’une autre.

Ce n’est pas forcément un travail historique. J’ai croisé des gens plutôt marquants de l’histoire du skate sur lesquels je n’ai jamais pointé mon appareil. Inconsciemment à l’époque, et aujourd’hui de façon plus réfléchie, je suis à la recherche d’un certain feeling. L’envie de partager un moment avec ceux qui ne sont pas là.

J’ai envie de raconter une seule histoire, celle des gens que j’ai côtoyés et documentés au fil des années. Certains numéros de TWJN auront un thème précis, comme le #1, d’autres non comme le #2, je crois. Ça fait 20 ans que je fais la même photo, donc je peux facilement les mélanger sans que ça choque [rires.]

 

Tu soulignes le coté argentique de ton travail, ça n’est pas un peu désuet ? Qu’est-ce que ça implique par rapport au digital ?

Je ne sais pas si je le souligne tant que ça. Peut-être, oui. Mais ça n’est pas primordial, pour moi. J’ai commencé la photo en argentique et j’ai la chance d’avoir du matériel qui fonctionne toujours très bien. Donc, pourquoi investir dans du matos numérique qui sera obsolète un quart d’heure après l’avoir sorti de sa boite ?

Je n’ai pas besoin de remplir un magazine, ni d’envoyer des images à l’autre bout du monde dans la minute, donc je continue de photographier de la façon que je connais et j’aime. C’est une chance, et je ne vais pas m’en priver.

Ça n’est pas un positionnement, c’est simplement la réalité de ma pratique. Je shoote en argentique, c’est mon outil. Et je n’aime vraiment pas les flous en digital.

Par contre, c’est intéressant de revenir dans le temps sur ses planches-contacts. Parfois la pépite n’est pas celle que j’ai en mémoire, mais l’image d’avant ou d’après. Certaines photos n’étaient pas intéressantes pour un magazine à l’époque, alors qu’aujourd’hui elles racontent une histoire bien plus intéressante que celle qui a pu être en pleine page à l’époque.

 

« On » attend de toi un livre, quelque chose d’exhaustif. Quel serait la différence avec un zine ?

Les zines sont une sorte de test, en vue d’un éventuel projet plus conséquent. Déjà pour voir si ce que je fais intéresse quelqu’un, et si j’ai raison avec cette idée que mes photos, en tout cas si elles sont bien choisies, n’écrivent qu’une seule histoire. Et jouer avec ce concept sur 24 pages est bien plus simple que sur 150.

Je sais que des gens attendent un livre sur leur jeunesse, regroupant les photos qui sont parues dans SuGar, KingPin, Pause et d’autres. Mais je ne suis pas sûr que ça ait un réel intérêt. Je fais souvent référence à cette idée comme un livre qui s’appellerait My Best Fish-eye Photos with Five Flashes (rires.)

Je vois bien un pavé avec mon nom en énorme sur la couverture et un autoportrait dans un miroir où je regarderais très intensément le lecteur. J’hésite juste sur l’appareil que je devrais avoir en mains. Emoticon clin d’œil !

 

 

« Aller voir ailleurs, plus loin, c’est toujours une bonne idée ;
même si c’est juste au bout de la rue. »

 

Tu peux nous en dire plus sur les différentes étapes de la fabrication d’un zine ?

Pour commencer, soit j’ai un thème comme pour le premier qui regroupait des images faites à Paris sur une année, soit j’associe librement des images qui me parlent à ce moment-là. Et si j’estime qu’un portrait de Bastian van Zadelhoff avec un gros rhume en 2017 complète une photo de l’installation de l’exposition Street Market de Barry McGee, Todd James et Espo à New York en 2000, les deux y seront.

Pour ce qui est de la distribution, j’ai la chance de pouvoir compter sur le soutien de gens très impliqués et pointus comme Nick de Palomino qui est LE site en ligne où trouver toutes les publications undergrounds autour du skate, et les gars de Pop Trading Company. Ce qui permet aux zines d’être disponibles à l’international. À Paris, j’ai droit au même traitement avec les magasins Supreme et HCS, donc le projet est facilement disponible.

Et c’est vrai que de nos jours tu peux être contacté très simplement par des gens, même de très loin. Ce qui m’a permis de rencontrer, parfois dans la vraie vie, des jeunes photographes à qui le projet parle. Ça fait toujours plaisir. Et c’est enrichissant de discuter avec eux, de ce qu’ils font, de ce qu’ils aiment. C’est toujours une conversation intéressante à avoir. Notamment sur cette récente fascination pour l’argentique.

 

Pour conclure, comment tu définirais ton travail, ce que tu veux montrer ?

Comme je le disais, je fais la même photo depuis vingt ans, et finalement de la même chose. Du même sujet, je crois. Qui au début se limitait à ce milieu dans lequel je grandissais, celui du skate des années 90, et qui par les voyages et les rencontres, s’est ouvert à toutes sortes d’acteurs et de personnages connexes. Ça n’était peut-être pas le skateur le plus talentueux du moment mais il contribuait à une culture, à une expérience commune à tous.

C’est ça qui me donne envie de prendre une photo, souvent : l’impression de mettre le doigt sur un moment, une époque, une personne, un groupe qui exprime quelque chose. Je me trompe souvent, bien-sûr, mais j’ai parfois raison.

C’est cette idée que j’aime partager : aller voir ailleurs et plus loin, c’est toujours une bonne idée ; même si c’est juste au bout de la rue.

 

Dans notre internet, il y a aussi Mark & Benjamin.

 

Benjamin Deberdt - This was just now

 

 

Benjamin Deberdt - This was just now

 

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