Matthieu Jung, la conversation

Par principe

 

Matthieu Jung est un écrivain français, il a signé l’Abécédaire du Maelström papier numéro deux et a répondu à quelques questions concernant ses livres, ses inspirations et ses aspirations.

Plume acérée plaisante à lire en ces temps de remaniement où le discours sécuritaire devient idéologie, monsieur Jung analyse et éclaire.

 

* Vous avez écrit deux romans, La vague à l’âme et Principe de précaution, vous pouvez revenir sur la genèse de ces deux livres ?

A l’origine, Principe de précaution était une nouvelle, que j’ai écrite en novembre 2004, à l’occasion d’un fait divers qui s’était déroulé en Normandie : un adolescent avait assassiné toute sa famille, sans le moindre mobile. Des carnages identiques se répètent d’ailleurs régulièrement. Puis le tsunami est arrivé et je me suis retrouvé confronté, comme tout le monde, aux images de cette catastrophe naturelle, en même temps qu’au « formidable élan de générosité » qui a suivi, ici, en Occident, et qui avait quelque chose de dément.

Cette surenchère médiatique qu’avec le recul on pourrait nommer « Qui veut donner des millions ? », m’a paru quelque chose de tellement inédit que j’ai pris des notes, lesquelles sont peu à peu devenues la matière d’un roman. Ensuite, constatant que l’hystérie sécuritaire et hygiéniste que j’évoquais dans Principe de précaution croissait et embellissait au fil des mois, j’ai décidé de revenir à ce texte qui continuait de me travailler.

 

* Il y a une forte empathie avec les événements, c’est épidermique de votre part d’y réagir en écrivant ?

Oui, il y a quelque chose de cet ordre-là. Il faut s’en méfier, bien sûr, parce qu’on n’écrit pas de bons romans avec son épiderme, mais avec son cerveau. Simplement il me semble que l’actualité fournit chaque jour des indices concordants qu’est en train de se tramer actuellement « une grande intrigue », comme dirait François Taillandier, puisque c’est le titre du cycle dont il vient de publier le dernier tome.

Une grande intrigue dont on ne perçoit pas les tenants et les aboutissants, qui ne semble pas forcément intéresser grand monde, mais qui moi m’intéresse, et sur laquelle j’essaie en quelque sorte d’enquêter…

 

* Dans La vague à l’âme, il y a ancrage dans la réalité, des références, mais aussi des enseignes modifiées, des noms de gens ont été changés…

C’est en effet un des problèmes que ce roman m’a posé. Comme il était brutal de citer in extenso les propos de certains médiatiques, ou d’évoquer des initiatives prises par certaines enseignes – comme par exemple l’idée de verser un euro pour chaque coupe de champagne consommée, qui encourageait en quelque sorte le consommateur à se ramasser une « cuite citoyenne » pour aider les rescapés du tsunami –  j’ai décidé de contourner l’obstacle.

Ceci m’a permis de m’amuser en inventant des noms d’émissions télévisées, en imaginant des thèmes de débats ridicules comme on en voit à longueur de soirées. Ce que j’ai perdu d’un côté, j’ai essayé de le rattraper d’un autre.

 

* Il y a une part belle à l’humour dans vos deux romans, c’est à dessein ? Pour dédramatiser le thème ?

Je vous remercie, mais je précise d’emblée que je ne supporte plus cette invasion du rire, ou plutôt du ricanement, dans les médias. Le matin, on boit son café, on écoute tranquillement les malheurs du monde à la radio, tout va mal, des milliers de personnes meurent quotidiennement dans des conditions effroyables, on est rasséréné du coup, on se dit : « ah, j’en bave des ronds de chapeau, mais certains dégustent encore plus que moi » et puis soudain, patatra, faut ouigoler, un humoriste entre dans le studio avec son nez de clown et gâche tout le plaisir en débitant bruyamment quelques âneries convenues. C’est l’instant où je coupe le son, en général, pour abréger le supplice. Jamais, alors, le silence n’acquiert une aussi sublime intensité.

Dans Principe de précaution comme dans La vague à l’âme, j’essaie simplement de révéler le comique, et même le grotesque, de certaines contradictions modernes. Après le tsunami, par exemple, une surenchère s’est produite à propos des minutes de silence. L’Union Européenne a décidé d’observer trois minutes de silence à la mémoire des victimes, alors que le Danemark en a seulement observé deux, si mes souvenirs sont bons.

Mais pourquoi trois, et pas quatre minutes ? Et même cinq, voire dix, voire même toute une journée ? Et dans l’obsession sécuritaire, où s’arrête-t-on ? On a vu lors du récent PSG-OM que l’idée à la mode pour lutter contre la violence dans le football, c’est d’interdire à certains supporteurs d’entrer dans les stades. Peut-être ensuite supprimera-t-on les stades ? Et enfin les spectateurs eux-mêmes ? Ainsi, le problème sera réglé.

 

* Vous êtes cynique ?

J’espère que non. J’essaie d’éviter cet écueil. Je ne voulais pas, par exemple, considérer le tsunami en Européen blasé qui se croit à l’abri des malédictions grâce au confort qui règne sous nos latitudes. Toutefois, la vague en elle-même, qui est stupidement la nature, ne doit pas nous empêcher de considérer de sang-froid les réactions qui se sont succédées ici, en Occident.

 

* La nature est stupide ?

Stupide, non, puisque ce serait encore la juger d’après nos critères humains. Je songeais simplement à une phrase d’Albert Cohen : « L’univers n’est pas gouverné et ne recèle nul sens que son existence stupide sous l’œil morne du néant ». Les croyants apprécieront… L’année dernière, à la porte de Versailles, les organisateurs d’un salon avaient choisi pour slogan : « Planète durable ».

Ce genre de formule me paraît révélatrice de l’invraisemblable complexe de supériorité dont est affligée notre époque, qui n’en finit plus d’enfler comme la grenouille de La Fontaine. S’il y a bien quelque chose qui est durable, c’est la planète, et s’il y a bien quelque chose qui ne l’est pas, ce sont les quelques milliards d’êtres humains qui la peuplent.

 


* Vous avez été comparé plusieurs fois à Michel Houellebecq, ce n’est pas un héritage un peu lourd ?

Je préfère être comparé à Michel Houellebecq qu’à Anna Gavalda. J’admire Houellebecq. Je ne m’inscris pas toutefois dans la même démarche que la sienne, puisque ses personnages gardent toujours une distance critique par rapport au monde dans lequel ils évoluent. Ils portent même sur lui un regard affûté, souvent acide.

Les miens, à l’inverse, ont très peu de recul par rapport aux événements qu’ils traversent. Ils suivent les commandements de leur époque avec une assiduité quasi-religieuse. Le personnage de La vague à l’âme apprend par la télévision qu’il faut donner, alors il donne. Il donne beaucoup.

Dans Principe de précaution, Pascal Ébodoire lit, voit, entend partout que le monde est dangereux, qu’il faut s’en protéger, que le risque menace, omniprésent, alors il obéit. Il supprime les risques. L’excellent « modernologue » Florentin Piffard a publié sur son blog une critique approfondie de Principe de précaution où il insiste sur le fait que la singularité littéraire de mon personnage principal, également narrateur, procède d’un excès de conformisme. C’était, en effet, mon ambition pour ce roman.

 

* Le schéma de vos deux romans est quelque peu identique, un personnage est aspiré par un absolu, il mène une quête…

Oui, c’est en effet la même construction : en face d’un phénomène qui semble aberrant, il me paraît que la meilleure façon de l’interroger, c’est de le pousser à son extrémité, aussi bien dans le domaine caritatif, que dans celui de la précaution. Ensuite, que mon personnage soit « aspiré par un absolu », j’avoue que je n’avais pas pensé à cette interprétation, mais elle me plait beaucoup, et je vous en remercie.

 

* Le crescendo est plus lent dans Principe de précaution, mais les fins sont surprenantes. Je n’ai même pas eu le temps de spéculer. En psychanalyse, il y a une notion qui est la tendance aberrante à l’hyper-anticipation, j’ai l’impression que vos personnages sont touchés par ce symptôme…

Je n’ai pas réfléchi à cette question d’un point de vue psychanalytique. C’est le principe de la psychanalyse de nous révéler, à travers nos discours et nos paroles, des choses que nous ignorions sur nous-mêmes…

 

* Vous pensez que vos romans pourraient être dépassés, surannés assez rapidement ?

Peut-être. Ou alors, les phénomènes que je décris continueront de prendre une tournure de plus en plus extravagante et à ce moment-là j’aurais anticipé le cours des choses, on verra… Je discutais récemment avec un ancien architecte qui a changé de métier après qu’on lui avait refusé un projet de crèche parce que les lits qu’il prévoyait n’étaient pas conformes aux normes de sécurité.

J’ai du coup déniché sur la Toile un intéressant guide consacré à la « Conception des lieux de sommeil dédiés à la Petite Enfance ». C’est joli, non ? Dommage que le numéro de George Orwell ne figure pas dans mon répertoire téléphonique, j’aurais bien aimé lui demander son avis sur cette formulation. Pourquoi ne se demande-t-on pas simplement sur quels plumards vont pioncer les moutards ?

 

* La polémique, ça vous intéresse ?

Oui, j’aime bien la polémique, dans le champ littéraire. J’aime les pamphlétaires, c’est certain…

 

*Quels sont les polémistes qui retiennent votre attention ?

Houellebecq est un excellent polémiste, ses Interventions publiées par Flammarion le prouvent suffisamment. Besson – Patrick, pas Philippe ! – aussi, qui publie régulièrement d’excellentes chroniques, parfois d’une violence inouïe. Je signalerai aussi Pierre Jourde dont les Carnets d’un voyageur zoulou dans les banlieues en feu, publiés en 2007, sont passés trop inaperçus. Et puis Philippe Muray, bien sûr.

 

J’aimais, chez Muray – entre autre, parce qu’il faut se garder de réduire son œuvre protéiforme à ce seul aspect – la manière qu’il avait de prendre à partie ses adversaires, en les attaquant bille en tête, ad hominem, mais je n’ose plus le citer depuis que tous les bobos des Abbesses et même Jean-François Copé ont son nom à la bouche. « Sans Dieu, ce monde serait moins drôle, puisque je ne pourrais pas m’appuyer sur Lui pour entreprendre de le ridiculiser et de le détruire ». Ah si, tiens, j’ose encore le citer.

 

* Vous vous sentiriez armé pour affronter la polémique ?

Je ne sais pas. La polémique s’apparente à la guerre, l’étymologie le rappelle. Il convient d’attaquer, et de se défendre, selon une stratégie mûrement élaborée.

On y laisse une énergie considérable, au détriment peut-être de travaux plus constructifs, même si la démolition – pour utiliser un terme bloyen – est un moment de la reconstruction, comme semblent également le penser les urbanistes qui rénovent les cités dites « sensibles » à grands coups de dynamitages d’immeubles…

 

* Vos livres sont plutôt classiques dans la forme, empreints de réalité, quelles sont vos influences ?

Elles sont innombrables, évidemment, et extrêmement diverses. Bon, si je vous réponds que je n’ai jamais rien lu d’aussi magnifique, d’aussi bouleversant que les dernières pages du Don Quichotte où le chevalier de la triste figure redevient Alonso Quijano, retrouvant simultanément sa raison et son identité dans un raccourci saisissant, je ne ferai pas preuve de beaucoup d’originalité…

Mais un journaliste m’a également comblé en éventant la trace de San-Antonio, dans Principe de précaution, puisqu’il voyait dans le personnage de l’affreux Lionel Ruszczyk une sorte de « Bérurier post-moderne », pour reprendre sa plaisante expression.

De toute façon, pour un écrivain, l’essentiel de la tâche consiste à mon sens à se libérer, par un travail acharné, des influences qui l’ont nourri, puisque je récuse totalement l’idée du créateur solipsiste qui a cours à notre époque.

 

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